Le Cyberpunk, un genre, une touche, un monde
(L'homme à la Caméra, Dziga Vertov, 1912).
Qu’est-ce que le cyberpunk ? Science-fiction ? Contre-culture ? Cinéma ? Peinture visionnaire ? Mangas futuristes ? Et quoi encore ? On trouve le terme un peu partout sans qu’on sache vraiment bien de quoi il s’agit. Alors, le texte que voici tentera, avec la réflexion qu’il introduit, de tracer les contours de ce qui apparaît de plus en plus comme un genre à part entière, ou plutôt, comme un courant qui s’immisce dans bien des arts en prenant place dans notre vie de tous les jours. Dans notre optique, il ne sera pas question de réduire le cyberpunk à un simple et vulgaire phénomène de mode, mais de l’analyser et tenter d’en sonder la dynamique interne.
Le mouvement littéraire cyberpunk était à l’origine une bande de jeunes auteurs, énervés contre une forme de SF sclérosée par la répétition des mêmes clichés. Avec leurs théories novatrices et leur style agressif ils contribueront à renverser les valeurs en place, les canons admis, pour proposer une autre manière de voir. Schématiquement, ils nous décrivent ce qui était, pour l’époque, le futur proche, notre présent à-peu-près, avec les thèmes de prédilection de la démission du politique face à l’économique qui prolifère en corporations transnationales toutes puissantes, et l’ouverture de territoires vierges constitués par les mondes virtuels, soutenus par le développement des technologies informatiques comme la cybernétique ou l’intelligence artificielle. Une réalité affreuse à l’époque qui parait maintenant bien banale et connue. Bien entendu le mot cyberpunk et la notion qu’il recoupe ont beaucoup évolué depuis. C’est pourquoi nous tenterons de l’actualiser et d’en cerner les perspectives.
Le mot cyberpunk apparaît pour la première fois dans l’obscur Asimov SF Magazine de Gardner Dozois. Ce dernier l’a emprunté à une nouvelle non moins obscure d’un certain Bruce Bethke, datée de 1980 et simplement intitulée Cyberpunk. Son sens sera développé par les écrits de Bruce Sterling et surtout par Neuromancien, de William Gibson en 1984. Mais si le mot semble naître spontanément, sa construction étymologique n’en est pas moins une lente évolution, un fruit ayant longtemps attendu sur la branche.
Pour bien le saisir, on doit certainement rattacher en partie son émergence à celle du futurisme au début du XXème siècle, en Europe, et son fondateur l’italien Filippo Tommaso Marinetti qui rédigea en 1909 son Manifeste du futurisme. Marinetti lança le mouvement, grâce à son portefeuille et ses relations, en exposant notamment des peintres tels qu’Umberto Boccioni, Luigi Russolo, Giacomo Balla. Il adhéra au fascisme à la fin des années 30, et provoqua du même coup une perte de crédibilité indélébile pour le futurisme. L’un des plus grands apports des futuristes demeure sans doute d’avoir contribué à la mise en oeuvre des moyens de communication de masse préparant à l’époque l’explosion qui eut lieue après 1945 autour de ces médias. Leur monde servira de trame et de motif pour définir et esquisser ensuite le cyberpunk. Leur intérêt pour la vitesse, l’urbanisation et les bouleversements de la vie humaine dans une cité en pleine mutation sont les premiers fils qui tisseront ensuite l’esthétique cyberpunk.
Outre Marinetti, le futurisme avait à sa tête un autre leader, un autre artiste : le poète, écrivain et peintre russe Maïakovski. Les visions du futur qu’il avait ressenti restent puissantes de pertinence :
"La poésie du futurisme, c’est la poésie de la ville, de la ville contemporaine. La ville a enrichi nos expériences et nos impressions d’éléments nouveaux qu’ignoraient les poètes du passé. Tout le monde civilisé d’aujourd’hui se transforme en une ville géante. La ville remplace la nature et ses éléments. La ville elle-même est devenue un élément dans les profondeurs duquel naît un homme nouveau, l’homme de la ville. Les téléphones, les aéroplanes, les express, les ascenseurs, les machines rotatives, les trottoirs, les cheminés d’usines, la masse de pierre des maisons, la suie et la fumée, voilà les composantes de la beauté dans la nouvelle nature urbaine. Nous voyons plus souvent des réverbères électriques que la vieille lune romantique. Nous, citadins, nous ignorons les forêts, les champs et les fleurs, nous ne connaissons que les tunnels des rues avec leur mouvement, leur bruit grondant, leurs lueurs fugitives, leur éternel va-et-vient."
On peut aussi citer au titre du futurisme russe les réalisateurs comme Eisenstein ou Dziga Vertov. Le film de Dziga Vertov L’homme à la caméra, et ses déambulations à travers les rues des villes modernes, est un document qui illustre parfaitement la réflexion de l’époque. On ne peut que regretter que le futurisme ait été parasité par le totalitarisme de « l’homme nouveau » ou par le fascisme mussolinien.
Il faut aussi noter que le futurisme qui souhaitait la bienvenue aux nouvelles technologies fut en quelque sorte perdant dans sa patrie d’origine en raison de la mort prématurée de deux de ses représentants les plus importants, Antonio Sant’Elia et Umberto Boccioni, pendant la première guerre mondiale.
Boccioni en particulier, est celui qui donna un ton intéressant aux idées esthétiques du futurismes. L'artiste, peintre, sculpteur, dessinateur, nous laisse l'ébauche impressionnante d'une oeuvre suspendue sur le champ de bataille en 1916. On peut s'attarder sur sa peinture de 1910, " la ville qui grandit", sorte d'allégorie de la puissance de la ville et de son impact déjà ressenti par l'auteur sur les êtres vivants.
L’intérêt des futuristes pour les éléments qui ne possédaient par encore de statut culturel (la science, la technologie, les grandes villes) fait aujourd’hui parti de notre héritage intellectuel : par exemple, l’intégration de la personne humaine dans son milieu, l’idée que l’énergie traverse aussi bien l’homme que la matière ont été complètement assimilées par notre culture. Les moyens de communication actuels ont tellement renforcé le concept de simultanéité que l’on voudrait parfois prendre ses distances. Il en va de même pour le concept de fragmentation du réel.
De plus, une notion complexe comme "l’état d’âme", expression de la combinaison des énergies qui sont présentes dans la matière comme dans l’homme n’est pas étrangère à la conception futuriste de l’homme. Elle trouve sa complète expression dans les tableaux de Umberto Boccioni comme dans les divagations de H.R. Giger, un des représentants que l'on classe facilement dans la case visionary art, une prolongation logique du futurisme.
Ce sont ces problématiques que développera le mangaka Masamune Shirow. Ce dessinateur japonais s’intéressa dès son plus jeune âge à l’art, il sorti de l’Université des Arts d’Osaka, où il étudiera la peinture à l’huile avant de devenir mangaka, c'est à dire en terme européen, dessinateur de BD. Très secret, il n’apparaît pas en public et il ne s’est jamais laissé photographier. Gost in the Shell est son oeuvre emblématique, il y développe nombre d'idées qui serviront de référence aux auteurs cyberpunks et à la science-fiction en général, notamment au cinéma.
Yukito Kishiro et Katshiro Otomo, deux autres grands mangakas, dans leurs mangas respectifs Gunnm et Akira apportent leur pierre à l'édifice. Le courant cyberpunk dans les mangas japonais est éloquent. Dans l'importante production de mangas cyberpunks, on peut aussi citer les très bons Blame de Tsutomu Nihei ou Eden de Hiroki Endo. On trouve tout particulièrement chez Masamune Shirow, mangaka passionné de sciences, la pointe des visions du futur – voir son travail graphique dans la suite de Ghost in the shell, Man machine interface. Il faut croire que le Japon de la fin du 21ème siècle est un des laboratoires les plus pertinents de l’expérience humaine avec la technologie.
Les thèmes futuristes seront repris et inspireront bien des artistes qui cherchent les représentations futures de l’homme et la cité.
Dans ses dessins de la ville idéale, ci-dessous, Sant’Elia conçoit un paysage de montagnes mécanisées et crées par l’homme, des Alpes artificielles dont les sommets et les vallées sont construites en verre et en acier, reliées par des escaliers géants roulants et des ascenseurs qui conduisent à différents niveaux dans des ensembles structurés. Ces montagnes devaient être décorées par de gigantesques images au néon, et des slogans publicitaires : la ville des hommes et des femmes du futur, progressistes, pluralistes et biomécaniques.
La ville du futur d'Antonio Sant'Elia ...
...et celle de Masamune Shirow...
On peut voir ce que la ville de Masamune Shirow, dans Ghost in the shell, a de commun avec celle de la Città Nuova d’Antonio Sant’Elia, et en quoi elle la complète dans les objectifs premiers de l’auteur...
L’un des exemples architecturaux de cette influence reste le centre Georges Pompidou à Paris, Beaubourg, qui a été conçu par deux architectes nourris par la sphère futuriste : Renzo Piano et Richard Rogers
Essai d’une étymologie pour cyber
Cyber est mon premier, hérité du grec ancien, extrait du mot Kubernêtikê - cybernétique - qui désigne initialement le "gouvernail" d’un navire puis par métonymie tout contrôle rétroactif de machines par les individus. En effet, le gouvernail n’est-il pas ce qui permet à l’homme de contrôler l’ensemble du navire ? Ainsi, par machine on doit comprendre des engins tels qu’une voiture, un navire de guerre (exemple prit par Platon, premier concepteur de la cybernétique), un robot mixeur... Mais il est aussi question de nos propres corps, gouvernés par notre cerveau et aussi, des systèmes politiques et économiques contrôlés par un ensemble d’individu plus ou moins grand - la démocratie voudrait que tous les citoyens participent à ce gouvernement de la politique, mais ce sont toujours les mêmes aristocrates et technocrates qui décident pour le peuple, comme au temps d’Athènes. À ce titre, nous verrons comment Masamune Shirow fait référence dans sa première série, Apple Seed, à cette dichotomie millénaire en utilisant le miroir grossissant d’un monde cybernétisé à l’extrème et impitoyable.
En 1948, parait Cybernétique et société, un ouvrage du mathématicien Norbert Wiener. C’est une réactualisation de la signification du terme, appliquée aux nouvelles sociétés post-industrielles. En effet, on peut noter sa réflexion autours de la nouvelle place prise par la machine :
"Ma thèse est que le fonctionnement physique de l’individu vivant et les opérations de centaines de machines de communication les plus récentes sont exactement parallèles dans leurs efforts identiques pour contrôler l’entropie par l’intermédiaire de la rétroaction (...). Quand je communique avec une autre personne, je lui transmets un message et quand cette autre personne communique à son tour avec moi elle me retourne un message de même nature qui contient des renseignements accessibles d’abord à elle et non à moi. Quand je contrôle les actions d’une autre personne je lui communique un message, et bien que ce message soit de nature impérative, la technique de communication ne diffère pas de celle de la transmission d’un fait (...). Quand je donne un ordre à une machine, la situation ne diffère pas fondamentalement de celle qui se présente quand je donne un ordre à une personne."
Nous soulignons l’importance de la rétroaction qui permet de dissocier la communication de l’information, la première prenant en compte les retours - feedback émis en retour par le récepteur du message...
Quarante-cinq ans après la publication de son ouvrage Cybernetics, or Control and Communication in the Animal and the Machine, se produit surtout ce que Norbert Wiener avait annoncé : l’automatisation par la généralisation de l’informatique et des microprocesseurs qui commençaient simplement à être conçus à l’époque et qui sont aujourd’hui répandus dans chaque appareil d’électroménager. Seule la machine à calcul moderne à grande vitesse existe alors, très volumineuse et coûteuse. Il prévoit une division par cent de son coût et sa production en série. Il décrit le processus d’automatisation dans la future usine automobile, qui pourrait aussi bien être une usine de produits chimiques ou de fabrication de papier. L’introduction de la machine commence dans le processus de production, en particulier la chaîne d’assemblage qui de toutes les parties de l’usine emploie le plus d’ouvriers. Il l’introduit aussi dans les contrôles statistiques de qualité du produit et dans la comptabilité. Toute la masse de travail de bureau sera traitée mécaniquement, depuis le classement jusqu’à la documentation.
Si l’homme transforme son rapport à la machine, c’est toute la société qui va suivre cette évolution. Wiener indique les conséquences sociales et humaines d’une telle cybernétisation, entraînant un chômage de masse à côté duquel la crise économique de 1929 à 1936 ne serait que broutille. Et sur ce dernier point, il désigne une transformation contrôlée par un petit nombre d’individus qui en gérant le processus de cybernétisation anticipent en même temps les rétroactions/réactions des masses.
Essai d’une étymologie pour punk
Punk est mon second, certainement la partie la plus mal interprétée du terme parce que réduite quasi systématiquement à une simple apparence, une mode musicale ou vestimentaire. Loin de n’être qu’un phénomène de mode, il s’agit plutôt d’une certaine idée de la contestation. Aujourd’hui la presse rock dans son ensemble ne fait aucun effort pour se démarquer des idées reçues, d’une morale bien pensante concourant à renforcer un consensus mou, pseudo contestataire à la Rock&Folk&co, ou le punk comme la tentative pathétique d’attitude rebelle en jean troué pour se donner des airs – d’un statut social fantasmé ou joué ; ou pour citer le chanteur de Meï Teï Shô, Jean Gomis : « Les nouveaux révolutionnaires en streetwear avec une prise péritel branchée dans le rectum ». Le chanteur d'origine wolof de ce groupe lyonnais, nous parle ici du cas des rappeurs, très similaire à celui des punks, qui finissent compressés par la meme planche à billets en ayant à l’origine un dégoût commun pour elle.
Et précisons les choses, le message punk originel n’est pas le nihilisme car ce dernier n’est que la croyance dans le rien et le souhait de devenir ce rien : l’oubli est sa passion dominante. Malcom Mc Laren, le manager des Sex Pistols dira que le punk, véhiculé par le Anarchy in the UK du groupe, est un manifeste d’autogestion, d’ultime indépendance. Dès lors, le punk se force de faire la promotion de l’autonomie totale – à ce titre, le slogan punk qui sonne juste est plus do it yourself que la boutade no future. Cette confusion entre le punk et le nihilisme repose d’abord sur cet acte de négation qui veut rendre évident à tous que le monde n’est pas la vision unique imposée et ensuite, sur les moyens mis en oeuvre pour opérer cette contestation qui sont en général similaires (violence, blasphème, vie marginale, mépris, extravagance...)
On peut voir dans l’ouvrage de Greil Marcus Lipstick traces, une histoire secrète du 20ème siècle (l’ouvrage existe en poche chez Folio, 2000) les connexions qui existaient entre l’internationale situationniste de Guy Debord et les idées du leader des Sex Pistols Johnny Rotten. Il s’agit du même genre de révolte passionnée et sans espoir. Auto-gestion, ultime indépendance, les punks peuvent voir leur salut dans la liberté proposée par la technologie, dans l’espace utopique qu’est le Net, c’est l’idée du cyberpunk – on voit pourquoi l’esthétique ringarde, type année 80, qui y est parfois associé n’a rien compris à son sens.
Les situationnistes imaginaient des situations passagères où une mobilisation totale d’acteurs pourrait changer la donne. Ils étaient fermement contre ce qu’ils appelaient "le complot marxiste", et cherchaient d’autres moyens pour lutter contre les formes insidieuses de l’uniformisation du monde, de la culture et de l’art. Force est de constater que sur ce point ils ont complètement échoué. Pour rendre hommage à Guy Debord, on peut dire que si le statut du cyberpunk est d’être une contre-culture, son contexte récurrent, le cyberspace, est peut-être une situation d’autonomie à même d’influer sur le réel, faire pression sur le pouvoir en place. Aujourd’hui, l’utopie autonome est d’ailleurs au centre des réflexions d’Internet.
L’auteur Hakim Bey et son ouvrage TAZ (TAZ, en anglais « temporary autonomous zone », zone autonome temporaire) nous plonge dans les possibilités ouverte par les espaces du Net. Ce lieu qui nous paraît nouveau, le cyberspace, à de nombreux ancêtres, des zones autonomes que l’Histoire ne dévoile pas facilement. On croise notamment les aventuriers et les pirates – hackers – les flibustiers des mers dangereuses qui déjà affrontaient le concept de mondialisation, en avant-première, et créaient des sociétés métisses, idéalistes mais temporairement limitées. Aujourd’hui il semble juste de considérer le cyberpunk comme la conjonction de cette idée d’autonomie avec les extensions techniques fournies par le Net. Et nul doute que le futur proche nous laisse déjà entrevoir de nouvelles modalités de l’autonomie via la cybernétique. Cependant, il ne faut pas confondre cyberpunk et hacker. Ce dernier s’incarne dans la perspective d’un humain biomécanique, répondant à une société hyper technologique, alors qu’un cyberpunk n’est pas nécessairement un hacker ou un révolutionnaire d’un genre nouveau.
On peut très bien être victime de sa déshumanisation ou la choisir pragmatiquement comme mode de vie. C’est l’état des humains décrit par Yukito Kishiro dans Gunnm : ils s’adaptent à leur monde en se cybernétisant.
L’art visionnaire, avec par exemple les peintures de Michel Henricot - bien que ce dernier n’apprécie pas l’étiquette visionnaire - traduit le même état des corps, en mutation, l’être vivant s’adaptant à son milieu ( voir ci-dessous).

Le grand thème de la rencontre entre l’âme et la machine, anticipé par l’écrivain Philip K. Dick, zvec des essais tels que L’homme et l’androïde, ou Hommes, androïdes et machines, a une actualité florissante avec les dessins et la réflexion de Ghost in the shell. L’interprétation de cette oeuvre par le cinéaste d’animation Mamoru Oshii nous plonge encore mieux dans ce monde en émergence. - en particulier avec le film Innocence sorti en France fin 2004. Oshii se détache de l’idée d’une version simplifiée du manga de Masamune Shirow - ce qu’il avait d’abord fait avec l’anime intitulée Ghost in the shell, restituant assez mal la force du dessin original alors que dans Innocence il exploite les thèmes lancés par le manga en ajoutant une fine touche de poésie et de philosophie.
Une des toiles de la série biomécanoïde, de Giger :
Le mouvement punk et son idéologie sont morts en tant que tels - comme le situationnisme - mais leur volonté libertaire et décadente ont profondément marqué et influencé notre époque en s’incarnant dans le nouvel individualisme forcené avec l’avènement des nouvelles technologies de l’information et de la communication.
Le punk est à la base un grand consommateur de drogues. Son but est de faire un voyage hors du monde réel pour en repousser les frontières communément admises. Le cyberpunk s’interface lui dans le cyberspace, pour le moment, via un ordinateur - réseaux de jeux vidéos en ligne, de jeux de rôle ou JDR, chats, forums, Webcams (...) - dans la mesure où la qualité des échanges audiovisuels en expansions permet justement d’interagir désormais de manière réellement multi média. Son et image sont désormais accessibles via un streaming permettant de restituer un réalisme et une fluidité sans cesse optimisés. Récemment, des joueurs de JDR se sont suicidés parce que la virtualité se confondait avec leur vie et, qu’ils n’étaient plus capables de vivre comme leur société l’aurait voulue. La BD Otaku décrit la complexité de l’intégration sociale de jeunes qui vivent dans la réalité que fragmente la virtualité.
Dans les premiers concepteurs du cyberspace, on trouve William Gibson qui a bien revu sa manière d’appréhender cette notion de cyberspace depuis qu’elle a commencé d’exister autrement que dans des livres d’anticipation, notamment avec l’avènement du world wilde web. La socialisation dans le web est de plus en plus fréquente et peut-être que les premières idées du cyberspace voyaient celui-ci seulement comme une extension anomique de la société alors que le web décrit les contours d’une nouvelle société, d’une société autre en puissance.
Les auteurs cyberpunks passent leur temps à anticiper les rapports homme / machine. Ceci a pour conséquence d’impacter et de spéculer sur les modifications intrinsèques que subit et subira la société dans ces nouvelles relations. C’est en cela que les mangakas Shirow et Kishiro rejoignent les peintres visionnaires tels que Giger et Henricot entre autres. Ils nous informent sur le devenir des corps par des modélisations plus ou moins réalistes.
Gunnm, Yukito Kishiro, un dessin de Gally :
Si l’homme devient machine en fusionnant avec elle, celle-ci s’humanise à son tour, et bien des artistes anticipent son accession à l’âme. Les perfectionnements qu’elle subit l’amènent à acquérir petit à petit une certaine autonomie voire l’ébauche d’un libre-arbitre. Philip K Dick dans sa nouvelle L’homme et l’androïde décrit l’ensemble des machines se tournant vers leur créateur et le reniant pour l’indépendance. Des auteurs de science-fiction comme Dan Simmons - l’auteur cite Norbert Wiener en prélude de l’éveil d’Endymion-, Norman Spinrad avec son roman Deux ex voient l’avènement d’une machine omnisciente, une sorte de « Dieu Machine » né de la conscience collective émergente des intelligences artificielles… C’est exactement le thème et le sens de « Ghost in the Shell » ( âme sous la carapace) de Masamune Shirow : son personnage de femme au corps synthétique mais au cerveau humain, Motoko Kusanagi, parvient à ce degré par le réseau crée par la conscience des machines.
Le Dieu des machines réunit toutes les âmes artificielles en une seule dans Ghost in the shell ; dès lors, si on se place dans le cadre des religions monothéistes dominantes, surgit un deuxième dieu. Et, lorsque la limite entre homme et machine cesse d’exister, le propriétaire devient sujet à controverses.
Mais loin de ces anticipations ultimes, il faut revenir au monde actuel sur lequel se déploient les visions cyberpunks. La ville sera le matériau central de notre reflexion. Nous extrapolerons les développements actuels sur les anticipations d’artistes qui se meuvent dans le courant cyberpunk avec pour constante la dynamique homme/machine. Ainsi nous mettrons en exergue le fait que le cyberpunk fonctionne, aussi bien esthétiquement que littéralement, comme une politique-fiction.
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